Le café et les Finlandais : une savoureuse histoire d’amour

Temps de lecture : 8 min

Il est des amours impossibles, et d’autres improbables. Celui raconté aujourd’hui aura mis du temps pour basculer du premier au second camp. L’histoire a bien failli ne jamais exister ; elle est pourtant devenue l’une des plus inattendues de l’art de la table.

Découvrez l’incroyable passion des Finlandais pour le café, ou comment l’un des pays les plus septentrionales de la planète voue un culte inconsidéré pour ces petites fèves plantées à l’autre bout du monde. 

Le café en Finlande, un coup de foudre immédiat

Les histoires d’amour finissent toujours mal. A défaut de contredire les Rita Mitsouko, celle débutée dès le XVIIème siècle entre la Finlande et le café ne fut pas un long fleuve tranquille certes, mais semble encore avoir de belles années devant elle. 

Commençons d’abord par une petite leçon d’histoire. Inutile de prendre des notes, armez-vous simplement d’un bon expresso ou d’un allongé en lisant ces quelques lignes. Le goût n’en sera que meilleur. 

Les premières traces de la présence du café en Finlande datent du milieu du XVIIIème siècle, à l’époque où la nation appartient encore à la Suède. Compte tenu du prix relativement cher du sachet, seules les élites bourgeoises et aristocratiques ont les moyens de se procurer cet “or brun”. Pour pallier à certaines maladies, certains médecins le préconisent même comme médicament qui possèdent d’étonnantes vertus curatives. Le développement des moyens de transport aidant, le café est alors acheminé d’Helsinki aux quatre coins du pays. Dans les années 1770, les cités autrefois reculées d’Oulu ou de Kuopio ont même ce luxe de pouvoir proposer aux habitants cette denrée venue d’Amérique… autant dire d’un autre monde.

C’est à ce moment que le gouvernement suédois tente de promulguer trois lois interdisant la consommation de café. Le but : limiter les citoyens frivoles de dépenser toutes leurs économies dans l’achat de produits de luxe étrangers. Mais le roi de l’époque, Gustave IV, doit s’y résoudre : entre les Finlandais et le café, ce fut le coup de foudre immédiat, et l’idylle n’en est qu’à ses débuts. Résigné face à la situation, Gustave IV déclare lors d’une matinée dont seule une bonne dose de caféine peut nous faire émerger que ses “citoyens sont de telles “canailles” que rien de ne pourraient les arrêter d’en boire.”

Défense de toucher au café

C’était sans compter sur un événement tragique, arrivé soudainement en 1914 et mettant à mal la relation de la consommation de café en Finlande : le début de la Première guerre mondiale. A l’instar de tous les produits alimentaires devenus rares et exorbitants, le café est réduit à peau de chagrin dans le coeur des nordiques : dès lors, chaque ménage n’a droit qu’à deux paquets de café par an.

Le divorce semble bel et bien consommé et la Finlande se retrouve à sec de café. De Turku à Lappeenranta, la boisson chaude et réconfortante est substituée par un breuvage peu ragoutant, composé de quelques grains de café et de suppléments à base de racines de pissenlit et de chicorée.

A la sortie de la “Grande guerre”, en 1919, la prohibition d’alcool permet néanmoins aux importations de café d’alimenter de nouveau le pays en café pré-élaboré. C’est également à cette époque que les premiers torréfacteurs s’implantent dans le pays, notamment aux abords du port d’Helsinki. 

L’amour dure trois ans… ou plutôt trois décennies en Finlande. C’est en effet en 1939 et les débuts de la Seconde guerre mondiale que survient la rupture officielle avec le café. Dans un journal daté de 1941, un article est formel : la pénurie est si importante qu’on ne trouve plus aucun sac de café dans tout le pays. S’accrochant tel Roméo à Juliette, les habitants établissent un stratagème en attendant des jours meilleurs : conserver le procédé de torréfaction en remplaçant par des produits de substitution d’origine biologique (betteraves à sucre, betteraves rouges, etc.).

Dans cette love story digne des meilleures telenovela brésiliennes, l’année 1946 permet au café de renaître de ses cendres au pays des mille lacs. Parti braver les mers et les océans, le navire Herakles n’avait qu’un seul ordre : rapporter dans ses soutes le maximum de café possible du Brésil. A son arrivée à Helsinki, le capitaine est accueilli en héro. Le gouverneur de la Banque nationale, trois ministres, une équipe de tournage et une foule de plusieurs milliers de citoyens acclament l’équipage. Lors du déchargement, chacun se rue par terre sur le moindre grain tombés des sacs pour repartir chez soi et apprécier les plaisir d’un kahvi si attendu.

Depuis cette cargaison remplie d’espoir, la flamme entre la Finlande et le café ne s’est jamais éteinte. Cet attachement permet même à Helsinki d’être considérée aujourd’hui
comme la capitale mondiale du café.

L’instant fun facts

1er : dans une récente enquête, la Finlande pointe à la première place des pays les plus consommateurs de café dans le monde.
3,38 : les Finlandais boivent environ 3,38 tasses de café par jour.
12 kg : il s’agit de la consommation moyenne par an et par habitant de café en Finlande.
93% : plus de 9 adultes sur 10 affirment prendre au moins un café par semaine, dont ⅔ tous les jours.
5 : les cinq pays nordiques se trouvent tous dans le top 7 des pays les plus consommateurs de café (Norvège, 2ème avec 9,9 kg ; Islande, 3ème avec 9 kg ; Danemark, 4ème avec 8,7 kg ; Suède, 6ème avec 8,2 kg). 

Quelques statistiques dopées à la caféine.

Finlande, café, que j’aime ta couleur café

Vous l’aurez compris, pour tout amateur de café qui se respecte, la Finlande est un lieu de pèlerinage incontournable. Certains diront même un paradis. Comme pour l’apéritif vin-fromage-baguette en France ou la pinte de bière en afterwork en Angleterre, déguster son café au nord du 60° parallèle est un art de vivre.

En entrant dans l’un des nombreux cafés citadins, difficile de réfuter la timidité stéréotypée des Finlandais. Il n’est pas rare d’entendre uniquement une mouche voler… et la machine fonctionner – ou presque. Pour les locaux, le café est sacré. Il se suffit à lui seul. Silence, on boit.

D’ailleurs, on prend du café à toute occasion. À la naissance d’un bébé ou après un enterrement. Lors d’un mariage ou d’un divorce – probablement accompagné d’une dose de vodka locale dans ce cas-là. Après la victoire d’un Finlandais dans une compétition internationale. Et encore mieux : si l’équipe nationale bat le rival de toujours, la Suède ! Dans l’une des démocraties les plus transparentes du monde, il existe même un terme pour en partager un après avoir voté : le « vaalikahvit » (comprendre le « café électoral »).

Enfin, parmi toutes les règles spécifiques à la Finlande y figure une chose unique : la convention collective du travail stipule expressément que “tous les postes de travail de plus de six heures doivent comporter au moins deux pauses-café de 10 à 15 minutes”. Avec ou sans ses collègues, c’est un excellent moyen de concilier l’équilibre vie professionnelle et vie personnelle. Aussi étonnante soit-elle, cette mesure fait de la Finlande le seul pays où le droit au café est légalement reconnu.

Tous les postes de travail de plus de six heures quotidiennes doivent comporter au moins deux pauses-café de 10 à 15 minutes.
/Convention collective du travail finlandaise.

Santsikuppi, parce que vous le valez bien

Arrivé/e à ces lignes, votre tasse de café est probablement vide – ou presque. Toutes ces informations vous ont peut-être (re)donner l’eau à la bouche, et tant mieux. Laissez l’onglet ouvert, il est grand temps d’aller vous resservir.

Dans les cafés finlandais, cette deuxième tasse de café a toujours un goût un peu plus appréciable. Pourquoi ? Car ici règne le “santsikuppi”, autrement dit 1 acheté = 1 offert. Ainsi, chacun peut librement réunir la force nouvelle procurée par les bénéfices du premier shoot de caféine pour se préparer au second round. Directement à la machine en libre service ou en appelant le/la serveur/se, la deuxième recharge de café est généralement gratuite. 

Un café à Helsinki est particulièrement populaire pour sa politique de santsikuppi. Dans le superbe Cafe Regatta, on vous rend 5 centimes à chaque santsikuppi supplémentaire. Attention à l’overdose de caféine tout de même !

Kahvi et fika : same same but different ?

A toute heure du jour comme de la nuit, il y a toujours une bonne excuse pour tremper ses lèvres dans le doux élixir caféiné. Cette obsession ne concerne pas seulement la Finlande, mais aussi la Suède et l’ensemble de l’Europe du nord. Et s’il existe un point de consensus irréfutable entre ces pays, c’est bien l’importance donnée à la pause café de la journée.

Un concept désormais mondialement connu a accouché de ce rituel à manquer sous aucun prétexte : le “fika” suédois. Le finnois a hérité de son éternel rival un mot tout aussi enraciné dans la culture finlandaise : le “kahvi”. En empruntant ce concept de vie, ils y ont ajouté une touche personnelle : le pula, un petit pain sucré surmonté d’un glaçage à la vanille. Qui a dit que le café-gourmand était français ?

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